mardi 15 avril 2014

De la Bure à la Soie




De la Bure à la Soie (1)



MANUSCRIT DE TOMMY

HISTOIRE DE LAURA

Mouvements lents, incessants, du berceau à bascule heurté contre le mur, encore et encore. Berceau qui emprisonne l’enfant, la protège et l’ennuie car il l’empêche de courir, de sauter, de bouger. Mouvements qu’accompagne la grande horloge. Rythmes accordés, temps mesuré qui s’écoule lentement. Ambiance chaude et parfumée, maison protectrice et douce. Seuls les coups du berceau contre le mur dérangent cette quiétude, cette tendresse qui suinte des murs, des fenêtres ouvertes sur la campagne, des meubles cirés, du carrelage de pierre frotté au savon de Marseille, du linge qui sèche au soleil, parfume l’air et les armoires.
Douce odeur, tendre chaleur que rien ne peut déranger. Trois femmes, trois générations s’abritent dans cette vieille maison, s’y lovent : La grande tante Jeanne, vieille fille qui se console en élevant sa nièce, puis la fille de cette dernière.
Le malheur s’est toujours arrêté à la porte de l’humble demeure ; l’amour qui sommeille dans le coeur de la vieille lui en interdit l’accès. Mais pourtant le bonheur semble, lui aussi, hésiter à en franchir le seuil. D’ailleurs il se manifesterait comment ? Sous les traits d’un homme ? Dès son entrée il serait pris dans ce poème, cette chaleur. Il serait le bienvenu. Mais malgré l’attente, il y a bien longtemps, trop longtemps !
- Dis tantine, pourquoi t’as pas de tonton ?
Question sans réponse. La fillette sait déjà qu’elle ne doit pas insister. Alors, que lui reste-t-il à faire ? Faire basculer son berceau, encore et toujours. La vieille regarde sa nièce, puis sa petite nièce. Ce sont les deux personnes qui lui sont les plus chères au monde. Elle est heureuse de pouvoir se rendre utile en les gardant près d’elle.
« Claudia a mauvaise mine, pense-t-elle. Elle se fait tellement de souci pour son fiancé dont elle n’a aucune nouvelle. Parti pour le front on ne sait ce qu’il est devenu. Le bruit court qu’il est prisonnier, mais les nouvelles nous parviennent avec plusieurs semaines de retard. Depuis quatre ans que cette guerre dure, il serait temps que cela se termine. »
Assise dans son vieux fauteuil coupé dans un bois de châtaignier, elle passe ses journées à repriser, coudre, tricoter. La petite Laura coûte très cher à élever ; elle grandit si vite.
- On n’a pas de nouvelles de cette terrible guerre. Ici rien ne nous parvient, murmure presque la vieille tante Jeanne.
- La semaine dernière il y a eu un bombardement sur la région de Bastia, lui répond Claudia. Ce soir il y a une réunion au café où tous les habitants sont conviés. Nous allons profiter de la relâche que semblent faire les troupes italiennes, à qui les ordres souvent contradictoires parviennent toujours avec  quelques jours de retard. Cela émousse leur esprit guerrier.
- Méfie-toi toujours de l’italien. Il agit là où est son intérêt et ses réactions peuvent être aussi brutales qu’elles semblaient aimables.
Claudia sait que sa tante a raison. Depuis que les Italiens occupent la Corse, et surtout leur village, ils agissent en occupants à la botte des Allemands. Elle a entendu dire qu’ils sont même pires car ils n’ont pas l’âme guerrière des Allemands. Ils agissent souvent de manière irrationnelle, sous l’effet d’un verre de trop, d’une impulsion ou d’une pulsion incontrôlée. Du moment que leurs actes demeurent impunis ils ne réfléchissent pas aux conséquences.
La semaine dernière ils ont attaqué le couvent des religieuses situé en contrebas du village, forçant les portes et les nones. Celles-ci se sont éparpillées dans la campagne et certains affirment qu’elles se sont défroquées pour passer inaperçues. Les assaillants n’ont laissé que des meubles calcinés.
Monsieur le curé a traité les soldats italiens d’assassins lors de la dernière messe (qui demeurera la dernière encore longtemps, les offices religieux étant désormais interdits). Il a refusé de quitter sa cure comme il en a reçu l’ordre. Sans tenir compte des risques qu’il court, il sonne les cloches à toute volée, le matin, à midi et le soir.
- En attendant, reprend tante Jeanne, il va falloir reboucher les trous que ta fille fait dans le plâtre avant qu’elle n’atteigne la pierre. Et cette poussière qu’elle fait tomber est une calamité.
- Je le ferai dès demain, répond Claudia. De toute manière elle est trop grande pour rester dans ce berceau comme dans un parc. Je vais l’inscrire à l’école dans une semaine. Ainsi elle pourra jouer avec les enfants de son âge.
Claudia reste un instant l’aiguille piquée dans la robe qu’elle est en train de rallonger pour Laura. Elle songe que sa tante a raison de veiller sur cette demeure. C’est grâce à elle et à sa chère tante qu’elle a eu une enfance heureuse, loin de sa mère qu’elle a su remplacer, toujours mine de rien, comme à son habitude.
La vieille maison ne comprend que trois pièces. Deux chambres et une pièce principale où trône une immense cheminée dans laquelle le feu reste allumé hiver comme été, car elle est le seul moyen de combustion pour la cuisson des aliments. Tante Jeanne a toujours refusé l’achat d’un fourneau, prétextant que cela ne servirait à rien puisqu’il chaufferait autant. Elle a fait creuser une sorte de four sous l’âtre, placé des briques en terre cuite qui cuisent les rôtis et les pâtisseries de  manière satisfaisante.
De ce fait, cette pièce conserve l’odeur du feu de bois, de la charcuterie fumée  pendue aux poutres du plafond et des herbes séchées accrochées aux murs.
Dès que l’on passe la porte de l’humble demeure une envie de nourriture vous prend à la gorge et tante Jeanne, le sachant bien, ne manque jamais d’offrir une eau de vie, du café, des fruits au sirop, accompagnés de ses fameux canistrelli, frappes ou beignets.
C’est dans cette pièce que le plus clair de leur temps s’écoule. Elle connaît tous les secrets de la famille ; entend tous les battements de coeurs ; ruisselle des pleurs versés depuis une bonne centaine d’années ; résonne des rires d’enfants et des cris d’adultes au verbe si haut que l’étranger pense souvent assister à une dispute. Les longues soirées d’hiver l’ont gardée éclairée par le feu de bois et les chandelles tirées de la graisse de porc. Les murs de cette pièce en ont entendu des commérages auxquels tante Jeanne n’accorde aucun crédit, et avant elle ses parents et ses grands-parents. Des sentences, des discussions et disputes politiques, des statistiques sur les prochaines élections, des palabres, de contes, des poèmes, des magnani (farces), chiami e rispondi (questions et réponses).
Claudia songe qu’en effet cette vielle maison les protège elle et sa fille et qu’elle le fera encore durant de très longues années.
Le son de la voix de sa tante la fait sursauter :
- En attendant, si tu allais promener la petite et profiter de cette sortie pour me rapporter du thym et du laurier. J’ai un lapin à préparer.
- Oui, oui, je vais aider maman et toi vas être contente tantine. Laura va te  ramasser plein, plein de belles fleurs. Je t’aime.
Septembre est tellement beau. Encore chaud, les feuilles fatiguées, desséchées par  le soleil, se penchent et aspirent à un repos bien mérité. Les oisillons font leurs véritables sorties et pépient comme des fous. La vigne sous les fenêtres les attire et les nourrit d’un raisin mordoré, gorgé de lumière et de chaleur. Elle aussi aspire à être taillée ; ses grains lourds commencent à tomber.
Tout est tranquille dans ce petit village de montagne. La vie s’y déroule sans heurt. Il fait bon y vivre et y mourir.
Chemin souvent parcouru, encore brûlé par un soleil couchant. Horizon oranger, montagnes bleutées. La terre regorge d’odeurs, de frôlements, de craquements.
- Chante : Loup y es-tu, demande Laura à sa mère.
Cette chanson fait toujours peur à la fillette mais elle adore ça. Elle n’a jamais rencontré de situation qui l’ait réellement angoissée et ce petit chatouillement que provoque la crainte du loup est agréable. Sa maman rit toujours.
- Loup y es-tu ?
- Je mets ma chemise !
Une voix grave répond :
- Bonjour, je ne suis pas le loup.
- Tu es qui ?
- Tais-toi Laura, tu es mal élevée, on interroge pas les gens.
- Ta maman a raison. Je me présente : Jean. Je vous ai vu plusieurs fois vous promener par ici. Je sais qui vous êtes et je sais également que votre fiancé a été fait prisonnier. Si vous le souhaitez je peux essayer d’avoir de ses nouvelles.
La façon presque brutale avec laquelle cet homme l’interpelle lui fait comprendre qu’il n’a pas le temps de faire des politesses. Elle réplique presque aussi brutalement :
- Vous feriez ça ? Mais pourquoi ?
- Parce que j’ai besoin de vous.
- Et que puis-je faire pour vous ?
- Je vous le ferai savoir le moment venu. Mais il ne faut en parler à personne, et surtout pas à votre fille qui est en train de cueillir du thym et des fleurs séchées, destinés à sa grande tante.
- Je vois qu’effectivement vous êtes au courant de tout.
- Retrouvez-moi à la nuit tombée.
- Mais si je me promène le soir, je vais me faire remarquer, vous connaissez les mentalités du village.
- Je sais, et c’est pour cela que j’ai prévu des vêtements d’homme que vous enfilerez. Vous viendrez au monument funéraire Casanova à la sortie du village.
- Je connais. Mais je me demande si je dois vous faire confiance.
- Claudia, vous permettez que je vous appelle ainsi, à l’heure actuelle nous n’avons pas le temps de trop réfléchir. Alors entendu, à ce soir vers 22 H, tout le monde chez vous dormira. Dites que vous avez rencontré un passant qui s’était égaré, car la petite risque de parler. Voici les vêtements, vous lui expliquerez que je les ai donnés pour les pauvres de la paroisse.
L’homme emprunte un sentier que dérobent les frondaisons d’automne.
- Laura, nous rentrons, tantine va s’inquiéter. Tu vois, ce monsieur qui s’en va c’est quelqu’un du village voisin. Il m’a donné des vêtements pour Monsieur le Curé, je les lui apporterai dès que j’aurai un moment.
A partir de ce jour, la vie de Claudia est bouleversée. Le soir de la première rencontre avec Jean, après que la tante Jeanne et sa fille se soient endormies, elle enfile les vêtements d’homme, un peu grands pour elle et se dirige vers le lieu du rendez-vous où elle découvre une activité qu’elle n’aurait même pas soupçonnée.
Cinq hommes, encore des enfants, la regardent avec retenue, comme s’ils voulaient s’effacer du tableau qu’ils composent : vêtus de vêtements sobres mais chauds, provenant certainement de l’armée, ils se tiennent serrés les uns contre les autres.
- Je te présente l’équipe Aurel. C’est du moins ce qu’il en reste. Les noms de ces personnes te seront inconnus, tu n’auras affaire qu’à moi. Si tu es d’accord, il faut que tu réceptionnes la marchandise qui va être parachutée dans le champ qui jouxte le  cimetière. Il faudra que tu surveilles le passage des avions. Chaque fois qu’il y en aura un qui fera un tour au-dessus du clocher, tu devras aller à l’aire de battage et cacher dans la chapelle mortuaire des Santelli les paquets parachutés. Vas la repérer dès demain. Ne te préoccupe pas du reste. Nous autres nous ne sommes pas là tous les jours et je n’ai trouvé personne au village capable de faire cette besogne. Méfie-toi de certaines âmes, entre autres de celles que tu verras roder par là. Ils ne peuvent être de notre groupe car nous ne nous déplaçons que la nuit. Avec ton âne qui va paître dans le champ d’à côté, tu n’attireras pas l’attention. Et maintenant, sans te commander, rentre vite. Je te suis à distance, on ne sait jamais.
Claudia se faufile discrètement dans les ruelles du village jusque chez elle où la tante et Laura dorment profondément.
Le lendemain, dès l’aube, deux gendarmes frappent à la porte de la vieille maison.
- Bonjour, on nous a signalé que cette nuit vous avez reçu un homme.
- Un homme ? Que Dieu vous entende, dit la tante.
- Madame, nous ne plaisantons pas. Quelqu’un a vu un suspect venant du tombeau Casanova entrer chez vous. Nous avons ordre d’arrêter toutes les personnes suspectées de collaborer avec les résistants.
- Mais vous n’êtes donc pas français comme nous ? Moi, Monsieur, je suis française ainsi que toutes les personnes de cette maison. Connaissez-vous le « Serment des Corses » ? Je l’ai appris par coeur :
« Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français ! »
Vous devriez vous efforcer de le respecter.
- Madame, nous n’avons pas à discuter les ordres.
- Sortez de chez moi !
- Excusez-nous pour le dérangement, mais il vous faut comprendre que nous ne faisons que notre devoir.
- Regardez mieux où est votre devoir et ne remettez plus les pieds ici.
Claudia écoute de sa chambre sans broncher. Elle est agréablement surprise d’entendre sa tante se défendre ainsi. Elle a caché ses vêtements d’homme et après une toilette sommaire la rejoint.
- Tu dormais bien profondément ce matin, lui dit-elle. Tu n’as pas entendu que nous avons reçu de la visite.
- Je suis un peu fatiguée, j’ai mis longtemps pour m’endormir.
- Laura m’a dit qu’hier en vous promenant vous avez croisé quelqu’un.
- Oui, c’était un paysan du village voisin qui venait remettre de vieux vêtements pour les pauvres de la paroisse, puisque leur curé a été appelé sous les drapeaux.
La tante ne fait aucun commentaire et tout reprend son cours. A plusieurs reprises Claudia exécute les missions qui lui sont confiées. Elle est fière de participer à l’effort de résistance, cela la rapproche de son fiancé. Elle espère très fort recevoir de ses nouvelles par Jean.
Claudia a quelques difficultés à camoufler les colis qui sont parachutés. Par deux fois elle a pensé y renoncer ; les caisses, aux inscriptions anglaises, étaient trop lourdes. Elle a dû atteler à son âne à une sorte de chariot et à l’aide de ce dernier est arrivée, tant bien que mal, à les mettre à l’abri. Elle n’a jamais eu la curiosité de regarder ce qu’il y avait à l’intérieur, mais elle s’en doutait un peu.
Un jour, alors qu’elle ressort de la cachette, elle se trouve nez à nez avec Antoine, le berger des Léandri, qu’elle n’aime pas. Il lui a fait la cour à plusieurs reprises mais Claudia a toujours repoussé ses avances.
- Tiens, tu n’as pas le temps de venir au bal avec moi, mais tu l’as pour roder Dieu seul sait avec qui.
- Gros bêta ! Tu ne vois pas que je change l’âne d’enclos.
- Oui, on dit ça ! Cela fait deux fois que je te remarque par ici. Je ne sais si tu es au courant, mais les gendarmes sont à la recherche de certaines personnes. Tu pourrais y être mêlée.
- Et à ce moment là je saurai de qui cela pourrait venir.
- Ce que j’en dis c’est pour ton bien.
- Oh ! Je n’en doute pas. Allez, au revoir.
Inquiète, Claudia essaie d’entrer en communication avec Jean et, un peu plus tard dans la journée, elle laisse un message sur une des caisses.
Dépité, Antoine se dirige vers sa maisonnette, une vieille maison de village que lui a laissé son parrain. Il ne peut s’empêcher de penser à ce que serait sa vie si Claudia voulait bien la partager. Ce n’est pas qu’il l’aime, mais il connaît la femme saine, courageuse, sachant prendre les décisions importantes. Une femme comme elle, pense-t-il, ne peut que rendre un homme heureux. Il y a bien la petite Laura, mais il saura bien persuader sa mère de la mettre en pension chez les religieuses. Elle recevra une bonne éducation, mais surtout, lui, sera heureux de vivre avec Claudia, sans la partager.
Alors qu’il franchit le seuil de sa maison une idée lui vient à l’esprit. Après ça elle ne pourra plus rien lui refuser, pense-t-il.
Le lendemain, tard dans la nuit, lorsqu’un grondement se fait à nouveau entendre, Claudia a du mal à se retenir pour ne pas partir immédiatement. Elle attend les premières lueurs du jour pour se diriger, comme si de rien n’était, vers l’enclos.
Elle trouve une enveloppe au nom de Sophie, c’est le nom que lui a donné Jean. Une fois à l’abri dans son champ, camouflée par un olivier, elle déchire fébrilement l’enveloppe.
A l’intérieur il y a deux lettres. L’une vient de Jean qui lui dit de se méfier du berger des Léandri et  lui donne rendez-vous pour le soir, même heure, même endroit. L’autre vient de Jacques son fiancé. Comment ont-ils fait pour le contacter ?
« Ma douce, j’ai appris que tu es en relations avec notre ami. Je suis fier de toi. Ma lettre sera brève et je ne sais même pas si elle te parviendra et si d’autres ne la lirons pas. Je ne te donne aucune précision pour que l’on ne remonte pas jusqu’à toi. Je t’adresse ce poème et te demande de m’attendre. Je vais aussi bien que possible. Notre ami m’a fait parvenir un colis qui nous  a réjouis. Ne ris pas en lisant ces vers très maladroits :
«  Dans le froid et la faim, je pense à toi,
«  Dans la peur qui m’étreint, je pense à toi,
«  Sous les coups et la torture, je pense à toi,
«  Sous le fer et les injures, je pense à toi.
«  Si jamais ma pensée te quitte,
«  C’est qu’alors je serai près de toi,
«  A jamais. »
Claudia, émue, lit et relit cette lettre, puis se résigne à la déchirer.
Elle prend le chemin du retour sans encombre.  Le soir elle sort de chez elle et va vers le lieu de rendez-vous, toujours déguisée en homme. Elle serre les dents et les poings pour surmonter ses craintes. Elle a toujours eu peur dans le  noir. Les craquements, les frôlements, les feulements des chats sauvages la font sursauter. Elle resserre sa veste d’homme trop large pour se protéger du froid et se donner un semblant de sécurité.
Une branche qui craque lui donne les frissons. Elle s’arrête pour mieux écouter. Rien ! Certainement un animal. Mais presque aussitôt un autre craquement la cloue à nouveau sur place. Son pouls s’accélère, ses tempes battent si fort qu’une douleur aiguë lui barre le crâne. Elle rentre la tête dans ses épaules, l’entoure de son châle comme si le froid était responsable de cette névralgie.
« Il vaut mieux que je rentre. Je reviendrai demain. »
Texte tiré dulivre "De la Bure à la Soie de Masha Casanova
épuisé en vente auprès de l'auteur qui en détient quelques exemplaires
Té. 04 95 37 89 52 ou 06 74 49 62 81 tesmina20@orange.fr

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