mardi 6 mai 2014

La cause de mon silence- bure et soie 3

La cause de mon silence : Bure et Soie3

Rien de tel qu'une région où le temps est le plus souvent clément pour être surprise par un orage dont l'intensité est catastrophique. C'est ce qui s'est produit la semaine passée où une averse de grêle accompagnée d'un violent orage s'est abattu sur notre village et ses environs immédiats. La foudre est tombée très près de chez nous et a endommagé les installations électrique et, pour la énième fois, les appareils téléphoniques. Ma box a été mise hors d'état de fonctionnement. Orange m'en a donné une de rechange, mais pour la réinitialiser, quelle galère !... Le technicien, soit dit en passant d'une patience d'ange, est resté en ligne pour tenter de remettre mon matériel en fonction. Après une bonne heure de manipulations diverses, nous sommes arrivés à être à nouveau connectés sur internet. Enfin me voilà. Je vous prie de m'excuser pour ce silence et vous donne quelques pages de mon roman : De la Bure à la Soie.


suite 3 roman "De la Bure à la Soie" de Casanova Marie-Jeanne.


Le lendemain,  lorsque Laura se réveille elle aperçoit sa maman qui dort paisiblement, tante Jeanne est déjà en train de préparer le petit déjeuner. Elle se souvient de la visite  de Monsieur le Loup mais, comme on le lui a si souvent répété, elle ne pause aucune question.
Ce n’est que vers midi que les cloches se mettent à sonner de façon désordonnée. Tous les villageois valides sortent sur le pas de leur porte, se demandant s’il y a un incendie.
Un corps calciné a été déposé sur le parvis de l’église. Tous se demandent de qui il peut s’agir. Seul Antoine le berger est absent. Chacun se signe puis retourne vers ses occupations. Et maintenant que va-t-il leur arriver, doivent-ils penser.

Claudia s’est vite remise de cet accident et n’en donne les détails à personne, pas même à sa tante. Elle a pu reprendre contact avec Jean qui lui donne rendez-vous pour le soir même. A l’heure prévue lorsqu’elle arrive, Jean est déjà là à l’attendre.
- Claudia, nous allons te relever de tes engagements. Quelqu’un a dénoncé les agissements suspects d’un homme. Heureusement aucun rapprochement n’est fait avec toi. L’île est pratiquement libérée ; nous allons la quitter cette nuit. Nous ferons route pour l’Algérie sur le sous-marin Casabianca. L’armée de l’air américaine est arrivée cette nuit et va poursuivre la libération de la Corse.
Au fait, ton fiancé n’est pas au courant de la naissance de votre enfant. Nous ne lui avons rien dit pour ne pas lui donner de souci supplémentaire. J’espère qu’il te reviendra bientôt. Merci pour ton aide, elle nous a été d’un grand secours. Rentre vite chez toi et peut-être qu’un jour nous nous reverrons.
Le lendemain, les gendarmes se présentent à nouveau chez tante Jeanne :
- Madame, dise-t-il à Claudia, il faut vous présenter à la gendarmerie vers 17H sans faute.
- Et pourquoi ?
- Ce n’est pas à nous de vous le dire, mais si j’étais à votre place je quitterais le village immédiatement.
- Et ma fille, et ma tante ?
- Elles ne risquent rien.
- ça c’est vous qui le dites !
Claudia est très inquiète. Heureusement tante Jeanne est allée étendre la lessive dans le jardin, accompagnée de Laura. Elle appelle sa fille. Sa décision est déjà prise, elle va la confier à sa marraine et tante Jeanne ira rejoindre sa soeur qui habite à l’autre bout du village. Quant à elle, elle partira se cacher chez des parents qui habitent à plusieurs kilomètres de là.
Alors que Claudia et Laura empruntent le chemin qui mène au nord du village où habite la marraine de l’enfant et que, pour ne pas inquiéter la fillette la maman a entonné la chanson : « Loup y es-tu ? » Un terrible vrombissement se fait entendre. D’abord lointain, il s’approche assourdissant et effrayant.
A l’horizon apparaît un avion. Il arrive vite, très vite, surplombe les châtaigniers, se penche vers le village et vide son ventre sur lui. Un véritable tremblement de terre suit sa trajectoire. Il revient, s’acharne sur les pauvres maisons puis repart, mission accomplie. Seul son grondement est encore présent.
   - Reste couchée, ne bouge pas, murmure la maman à la fillette qui, très excitée par cet événement veut voir.
Au bout d’un long moment elles peuvent se relever, l’avion semble définitivement parti.
- C’est quoi, maman ?
- C’est un bombardement.
- C’est quoi un bombardement ?
- C’est ça !
Le thym en botte reste au sol. On court. On appelle. Claudia et sa fille partent en courant vers le village. A l’endroit de la vieille maison de tante Jeanne il n’y a plus qu’un énorme trou. De la poussière de plâtre s’élève vers le ciel !
Laura regarde muette d’effroi. Sa maman pleure tout en cherchant sa tante.
- Venez m’aider, hurle-t-elle. Elle doit être sous les décombres. Il faut la sortir de là, crie-t-elle aux voisins.
Un groupe d’hommes vient à son aide. Ils déblaient avec les moyens du bord, aperçoivent un membre et tire dessus. Heureusement tante Jeanne a perdu connaissance. Laura plaquée contre un mur de la maison demeuré debout regarde le cheval du facteur, éventré, en travers de la route. Un homme, elle croit reconnaître le boucher du village, a été projeté, écartelé, contre le mur d’en face. Ses membres se décollent petit à petit et il glisse au sol, comme un pantin, pense l’enfant.
Une salle du café a été déménagée. A même le dallage on y installe côte à côte les blessés et les morts. Nul ne fait attention à la fillette qui enjambe tous ces corps à la recherche de sa grande tante.
« Elle est là. Maman est à ses côtés. »
Sans prononcer une parole, sans verser une larme, comme si cette situation était des plus naturelles, Laura s’agenouille et se met à prier, les mains jointes, les yeux fermés : « Petit Jésus, faites que... ».
Il n’y a ni médecin, ni infirmier. Un homme ayant quelques notions de secourisme fait des pansements. On déchire des draps, on verse de l’eau de vie sur les plaies, les blessés hurlent. La tante demeure évanouie. Claudia et sa fille sont toujours à genoux près d’elle. Enfin, tard dans la nuit, Claudia se décide. Elle aide Laura à se relever.
Dans l’obscurité, main dans la main, l’une entraînant l’autre, elles traversent le village ; elle vont là où l’avion n’est pas passé.
- Où allons-nous, maman ?
- Chez ta grand-mère.
- C’est comme dans le Petit Chaperon Rouge ?
- Pas tout à fait. Nous allons habiter chez elle, le temps que tante Jeanne guérisse.
A sa grande surprise, Laura découvre pour la première fois une superbe demeure, toute rose, entourée d’un petit parc qu’elle devine dans la nuit et qui surplombe la vallée. Au loin, la mer scintille sous le ciel étoilé.

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